Le Vendredi 13 : Une malédiction en forme de Jihad

Le Vendredi 13 :

Une malédiction en forme de Jihad

terroristes in France

Un des jihadistes français de l’Etat islamique

Par: Chérif AMIR

27/11/2015

www.cherifamir.com

Le cauchemar d’ampleur qui s’est produit un vendredi 13 à Paris m’a tout de suite rappelé la fameuse malédiction de l’ordre des Templiers après leur répression sanglante en France, à la même date, mais en octobre 1307. Sept siècles plus tard, le vendredi 13 novembre 2015, la ville de lumière se relevait apeurée, en larmes, grièvement blessée, impuissante et incapable de sauver la vie de 130 victimes et de 400 blessés graves parmi ses propres enfants… Massacrés par d’autres enfants de la Patrie !!!

La malédiction du Jihad est tombée comme la foudre sur Paris, dévorant ses jeunes et bien vivants habitants, laissant perplexes non seulement les Français, mais aussi le monde sur l’ampleur des attentats et sur leur réalisation si facile pendant plusieurs heures.

Mais le choc n’est pas dans les attentats eux-mêmes. Je me souviens, à mon retour à Paris le 18 octobre 2015, un ami m’a posé la question traditionnelle : « quelles sont les nouvelles en Égypte ? » J’ai répondu : « exactement comme en France, nous attendons que quelque chose d’énorme se produise… Je parle d’attentats ». Personnellement, en tant que spécialiste et originaire de cette région, je m’attendais depuis un certain temps à un « méga attentat » à Paris. Toutefois, je suis toujours ahuri par la réalisation extrêmement facile d’un plan pourtant extrêmement compliqué à mener dans une grande ville comme Paris. Dans mon imagination, les scénarios d’attentats en France consistaient en une attaque des jihadistes dans un espace restreint comme un centre commercial ou dans une salle de spectacle, comme cela a eu lieu au Bataclan, mais non dans les rues parisiennes, un vendredi soir après 20h00.

Les jihadistes suicidaires, et surtout ceux qui ont commis les fusillades, ont eu le temps de circuler d’un café à l’autre, d’une rue à l’autre, visages découverts, et comme l’a décrit l’un des témoins, calmement et sereinement, tout en ayant le temps de recharger leurs Kalachnikov à plusieurs reprises. Ils ont poursuivi leur carnage jusqu’à la dernière balle, avant de passer à la ceinture explosive !!!

C’est donc effectivement une guerre, et ces terroristes sont des guerriers qui ont réussi, malheureusement, à atteindre leur proie, des civils impuissants.

Le choc restera, mais l’incompréhension se dissipera lorsque nous comprendrons la nature profonde de ces combattants assoiffés du sang de qui ne suit pas leur idéologie. Les lecteurs méritent de savoir avec qui les Parisiens ont eu affaire – et auront affaire à l’avenir – dans cette confrontation imposée et largement disproportionnée dans les rues de leur ville le vendredi 13, et surtout pourquoi. Cette explication est prioritaire dans l’illustration des circonstances internationales, géopolitiques et sécuritaires derrière ce drame historique.

D’abord, ces jihadistes sont de nationalités française et belge, issus de la troisième génération d’immigrés. Je ne critique pas l’immigration, mais j’analyse plutôt le sort de ces jeunes européens de confession musulmane, en précisant bien qu’il ne s’agit en aucun cas d’une généralisation à tous les musulmans européens. En revanche, il est indéniable que  l’Europe est maintenant fragile, car elle est non seulement incapable d’arrêter des flux de réfugiés, de résoudre ses problèmes économiques, de prendre ses distances avec la politique de l’actuelle administration américaine, mais encore n’est pas préparée à une confrontation armée sur son territoire. Le cauchemar des cauchemars serait une guerre civile, car il s’agirait, certes d’une lutte légitime contre le terrorisme, mais aussi d’une guerre armée contre une fraction de la population de confession musulmane. Raison pour laquelle l’Europe et surtout la France passent par une période extrêmement critique, où la lutte se déroule sur leur propre territoire. La campagne sécuritaire préventive et justifiée qui a débuté le mercredi 18 novembre dès 04h20 du matin dans la banlieue parisienne de Saint-Denis en est l’exemple. Une agglomération caractérisée par une forte présence démographique arabo-musulmane a été au centre d’une gigantesque opération de commando, soutenue pour la première fois par l’armée, qui protégeait uniquement le périmètre sécuritaire sans intervenir dans les opérations.

Tous ces développements sur le terrain sont prévisibles et deviendront le quotidien des Français dans les années à venir, car le problème est grave et la solution n’est pas si facile.

De mon point de vue, le danger de la désinformation intellectuelle et académique s’ajoute au danger du terrorisme. Ce danger réside dans les analyses qui prennent soudain un caractère psychologique plus que sécuritaire, et qui expliquent superficiellement au public que ces jihadistes, souvent revenus du Jihad en Syrie, ne sont que des jeunes perdus, sans repères et parfois même sexuellement frustrés, voire malades mentaux.

Ce travail n’a qu’un seul nom : intoxication du public. Ces analystes assurent aux citoyens occidentaux que tout est sous contrôle et que, s’il y a bien des jihadistes de souche qui combattent en Syrie, il ne faut pas exagérer, car il ne s’agit que « d’étourdis » qui se casseront la gueule tôt ou tard. Mais il s’agit de désinformation mortelle, car l’image donnée de ces jeunes est tout à fait erronée et très légère.

Lorsque, ces derniers mois, j’avertissais mes interlocuteurs du retour de ces jeunes jihadistes en Europe, je recevais des réponses hollywoodiennes telles que « ces jeunes seront déjà morts sur le front syrien, bon débarras !! ». Ou que leur éventuel retour, si jamais il avait lieu, serait contrôlé ou inoffensif, car ils seraient abattus, moralement détruits, isolés et sans avenir.

A qui les Français ont exactement affaire ?

En tant que spécialiste de l’impact des religions sur les conflits du Moyen-Orient, j’analyse les événements de manière différente. A mon sens, c’est justement à cause de ce courant d’analyse simpliste, selon lequel les jihadistes sont des idiots, fous d’Allah méritant d’être assignés dans un asile psychiatrique, que les sociétés occidentales sont maintenant frappées par cette plaie.

Cette génération de terroristes est formée ou bien de jeunes Français de souche convertis à l’Islam, ou bien de jeunes Européens d’origine arabe issus de la troisième génération des immigrés, mais qui ont conservé leur propre identité, dans ce cas exclusivement religieuse. Ces deux catégories ont en commun de se trouver dans un vide identitaire en Europe. Un vide qui, tôt ou tard, devait nécessairement se combler. Là réside le mal qui a frappé la France, l’erreur fatale qui a été commise et le prix qu’il faudra payer.

Ces jeunes ont besoin d’une conviction quelconque pour affirmer leur identité, surtout lorsque leurs chances d’embauche sont minimes, avec la crise économique, et c’est bien sûr l’État qui est coupable à leurs yeux du chômage. Le reste de la jeunesse est dans l’ignorance de ce qui se passe réellement dans le monde, car la société de consommation l’a isolé du sentiment d’urgence. Ainsi la France vient-elle, tardivement, de décréter l’état d’urgence, alors que le monde extérieur l’a fait depuis le 11 septembre 2001, n’hésitant pas, en 2011, à promouvoir le mensonge des printemps arabes et, en 2014, à diaboliser la Russie et son président Vladimir Poutine qui sont pourtant intervenus à juste titre contre l’État islamique (Daech) en Syrie.

Maintenant c’est la guerre, et tout le monde semble surpris en Europe et en France en particulier. Mais la surprise est un facteur qui peut faire gagner des points à l’ennemi. C’est donc plus que jamais le moment de connaître la nature de l’ennemi.

L’islamisme, et ceux qui embrassent la « carrière » ou la « philosophie » du Jihad, ont une conviction précise et déterminée, voire guerrière, qui est actuellement en cours de concrétisation. Les islamistes sont devenus des soldats, des combattants bien informés des développements géopolitiques et internationaux, plus que le reste des jeunes noyés dans le matérialisme du monde contemporain.

Une des raisons premières des attentats commis par les islamistes européens (convertis ou issus des communautés arabo-musulmanes en Europe) est la vengeance contre leurs compatriotes Français des actions militaires conduites par l’Occident au Moyen-Orient. Mais une autre raison fondamentale que personne ne souhaite souligner est un choc idéologique entre ces jeunes et leurs compatriotes : les jihadistes n’ont pas seulement embrassé une conviction dogmatique, ils ont un agenda politique, culturel, économique et surtout militaire. Endoctrinés, persuadés de détenir seuls la vérité dans une société ténébreuse, ils deviennent automatiquement des soldats sur un terrain d’opérations. Idéologie, d’ailleurs, issue du mouvement des Frères Musulmans et de leur idéologue Sayyed Qotb[1].

La France et l’Europe seront donc le théâtre d’une confrontation sanglante  jusqu’à ce qu’une seule culture, une seule religion et une seule identité domine. La question est de savoir laquelle. Si le pluralisme culturel est incontestablement une bonne chose, l’Histoire révèle malheureusement que les bonnes choses n’arrivent pas souvent.

[1]  v. Chérif AMIR, « Histoire secrète des Frères musulmans », éditions Ellipses, février 2015.

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