« Les Russes arrivent !!!»

« Les Russes arrivent !!! »

Les Russes arrivent       *carricature par Carlos Latuff                                                                                                                   

Par Chérif AMIR

Publié au : www.cherifamir.com

01/10/2015

« The Russians are coming!!! » les Russes arrivent !!!  Pour ceux qui ne le savent pas, c’est le titre d’un film comique américain réalisé en 1966. Ce film se moquait de la panique causée par la paranoïa d’une éventuelle invasion des États-Unis par l’armée soviétique. Cette comédie est devenue en réalité une crise hystérique et traditionnelle dans les bureaux des décideurs occidentaux lorsque plus rien ne marche dans leurs stratégies en politique étrangère. Cette crise était destinée à faire peur et à préparer les citoyens occidentaux au pire des pires, selon un scénario apocalyptique, comme le déclenchement d’une attaque nucléaire dévastatrice, une invasion de l’armée rouge, et aboutissait même à prendre tout ce qui bouge pour un agent potentiel du KGB.

Tout cela aurait pu être compréhensible si la guerre froide était encore en train de se réchauffer et si le bloc soviétique était sur le point de déclarer la troisième guerre mondiale, car le communisme a sans doute été et restera un mal politique, social et surtout spirituel énorme frappant l’humanité comme une épidémie. Mais heureusement, ce n’est plus le cas.

Curieusement, je me demande alors pourquoi cette crise est encore aujourd’hui une source de panique pour l’Occident ? Le terrorisme islamiste ne représente-t’il pas une menace commune à l’Occident et à la Russie, comme le nazisme l’a été durant la seconde Guerre mondiale ? La réponse réside dans les excès du monopole américain et le « suivisme » européen envers l’actuelle politique étrangère de Washington. La philosophie américaine du Sheriff, en ce qui concerne le contrôle et la gestion de la sécurité mondiale, a littéralement transformé le monde et surtout le Moyen-Orient en un véritable Wild West.

En examinant les deux crises actuelles -syrienne et ukrainienne-, il est à constater que la crise syrienne a commencé par le même scénario romanesque des « printemps arabes », qui s’est avéré une campagne armée de Jihad, lancée sous les auspices du mouvement terroriste des Frères Musulmans, comme cela est le cas en Libye. En Ukraine, nous constatons que le chaos a commencé par un autre scénario romanesque, la révolution du peuple sur Euromaidan, qui s’est avéré un fiasco géopolitique du premier degré. Il ne s’agissait que d’un retour du néonazisme et du fanatisme de l’extrême droite ukrainienne sous le nom de « secteur de la droite ». Dans les deux cas, la provocation de l’ours de l’Oural était l’objectif des Américains, afin d’entraîner la Russie dans un conflit armé. Mais la différence entre Moscou et Washington, aujourd’hui, est que chez Poutine, tout est soigneusement étudié, la preuve en étant la libération de la Crimée et son retour sous la souveraineté de la Sainte-Russie sans qu’une seule basse soit tirée, même en l’air. Un perfectionnisme géostratégique russe qui a paralysé les Européens et leur big brother les USA ou pour être cynique, la NSA.

L’erreur des Américains – qui est automatiquement un gain pour les Russes – est le choix de leurs alliés dans une guerre. Un mauvais choix de ses alliés est aussi fatal qu’un obus tiré par l’ennemi. Au Moyen-Orient, qui sont les alliés de la politique de Washington ? Les fameux terroristes des Frères Musulmans, qui ont été écrasés par le plus grand pays arabe, l’Égypte, et mis sur la liste noire des mouvements terroristes suite à la révolution de trente millions d’Égyptiens le 30 juin 2013. Ces terroristes des Frères Musulmans n’ont pas pu se maintenir au pouvoir plus de douze mois malgré le soutien politique, financier, diplomatique de l’Oncle Sam et de la vieille Europe. En Libye, le conseil de transition qui est arrivé au pouvoir grâce au bombardement de l’OTAN était composé des terroristes islamistes recherchés pour leurs crimes, issus de la branche des Frères Musulmans Fajr Libya. En Syrie, le fiasco des fiascos, une alliance officielle s’est nouée entre, d’une part, l’administration américaine et d’autre part, les Frères Musulmans et leurs Moujahédines islamistes comme Jabhat El Nosra, ceux-ci ayant cependant échoué, malgré le financement saoudien, qatari et turc et leurs crimes contre les civils syriens, à mettre fin au régime d’Al-Assad. Le résultat en est l’intervention directe de Washington dans la formation de combattants islamistes, ce qui a donné naissance à Daech ou à l’Etat Islamique (EI).

Un autre allié de la Maison Blanche est la pauvre Turquie, où le bain de sang ethnique et la décomposition géographique ne sont qu’une question de temps, sous la dictature et les hallucinations ottomanes du membre des Frères Musulmans Erdogan.

Le Qatar est un îlot où les coups d’État sont une tradition de père en fils dans la famille au pouvoir. L’argent du gaz est dépensé au profit des terroristes islamistes en Libye, en Égypte, en Tunisie, en Syrie et au Yémen, mais également dans les banlieues françaises. Bien évidemment, les enquêtes autour des scandales financiers au sein de la FIFA dévoileront le montant de l’argent qatari dépensé pour l’organisation de la coupe du monde de 2022.

Enfin, le vieil allié mourant de l’Oncle Sam, le royaume wahhabite d’Arabie saoudite, est hantée par les Ayatollahs iraniens. Riyad est la scène d’une lutte quasi silencieuse entre les princes de la nouvelle génération, dont les orientations politiques et religieuses sont disparates, et qui cherchent à trouver leur place avec l’extinction rapide de la première lignée des enfants du Roi Abdel Aziz. Le royaume est actuellement noyé dans le bourbier yéménite et la situation dans les villes du sud du pays est chaotique, avec les incursions des combattants des Ansar Allah (Houthis) chiites de ces villes et la destruction systématique des chars Abrahams et des blindés Bradley avant ou après la fuite des soldats saoudiens du champ de bataille. Le danger que la maison Al-Saoud encourt actuellement se localise à la région est de Qotaif. Le royaume risque non seulement une guerre interne, mais aussi une sécession de cette région où se concentrent tous les gisements pétroliers et où surtout réside une nombreuse communauté chiite pro-iranienne. Cette communauté a d’ailleurs subi en 2015 des attentats suicides contre ses mosquées par des terroristes affiliés à l’État Islamique et financés par les Saoudiens.

Voici la liste des alliés des États-Unis au Moyen-Orient, lesquels devaient mettre en œuvre le « gigantesque » plan américain d’un nouveau grand Moyen-Orient. La meilleure conclusion est le proverbe « Avec de tels amis pas besoin d’ennemis ! ». S’ajoute à cela le sentiment des pays du Golfe et surtout de l’Arabie Saoudite d’une trahison américaine à leur égard en ce qui concerne le dossier nucléaire iranien. L’administration Obama ne peut pas considérer les pays du Golfe comme de vrais alliés dans la région à cause de l’accord nucléaire conclu avec les iraniens. Washington est consciente de cette réalité et sait bien que les princes et les rois du désert ne peuvent plus utiliser l’arme du pétrole comme avant, et ne réussiront pas à solliciter Poutine, qui soutient leurs farouches ennemis, Bachar Al-Assad et l’Iran. Ce qui signifie que ces souverains n’ont qu’à vider de plus en plus leurs caisses en achetant plus d’armes américaines – sans savoir les utiliser – et en soutenant des groupes terroristes comme Daech et Al Qa’eda, qui menacent leurs propres régimes.

Dans le camp de Vladimir Poutine, les affaires sont en ordre. La Russie a un nouvel allié jeune, populaire et surtout muni d’une force armée redoutable, Abdel Fattah El-Sisi. Les Russes ont réalisé leur avancée géostratégique la plus importante au Moyen-Orient après la chute de l’Union soviétique, en ralliant une Égypte devenue le mouton noir des alliés d’Obama. En novembre 2013, l’Égypte a conclu un achat d’armements russes de 3,5 milliards de dollars payés par l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis. Le résultat de l’étroite coopération stratégique entre la Russie et l’Égypte a permis l’achat par celle-ci des Mistrals français, car la résiliation unilatérale – du côté français – du contrat vente avec la Russie était soumise non seulement à l’indemnisation de la Russie, mais aussi à son accord préalable à une éventuelle vente des Mistrals. L’Égypte a fait son choix stratégique sans provoquer une rupture avec l’Occident, la preuve en étant l’achat des vingt-quatre rafales et la FREMM, la crème de l’industrie militaire française, qui constitue un bol d’oxygène alors que les Rafales avaient des difficultés à être commercialisés. La France a pris une décision audacieuse en permettant à l’armée égyptienne de diversifier ses sources d’armement.

L’intervention aérienne russe en Syrie contre l’État Islamique est donc arrivée au moment où toutes les stratégies américaines dans le conflit se sont avérées catastrophiques, sournoises, et reposant sur des alliés faibles et instables. Les frappes américaines au cours des derniers mois ont prouvé au monde que Daech n’est pas véritablement un ennemi de Washington. Au contraire, l’organisation terroriste s’est fortifiée de plus en plus, ses combattants ont réussi à occuper plus de territoires en Syrie et n’ont pas quitté l’Irak, surtout quand l’aide logistique et militaire américaines a été parachutée « par erreur » sur les sites de l’État Islamique, alors que la technologie des avions et des satellites américaines est d’une précision infaillible. A cela s’ajoute les liens entre des figures politiques américaines comme le sénateur John McCain avec les terroristes islamistes de Jabhat El-Nosra et qui ont dévoilé la stratégie chaotique américaine dans la région. La communauté internationale est maintenant consciente de l’étroite liaison entre l’actuelle administration américaine et les terroristes islamistes. L’Europe, par contre, est désorientée dans ce jeu par la panique causée par le traditionnel cri « les Russes arrivent !!! »… Eh bien cette fois-ci, nous pouvons véritablement crier : « les Russes arrivent !!! Alléluia ! »

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