Si l’epsoir venait de l’Egypte

Si l’epsoir venait de l’Egypte

Par Chérif Amir et Éric Denécé *

Publication au: Afrique Asie.

Mars 2015

Face à l’obscurantisme de terroristes sans cervelle semant la mort dans le monde entier, endoctrinés et manipulés par des imams radicaux et sectaires prêchant la haine au nom de « leur » islam, de sérieuses raisons d’espérer nous arrivent d’Égypte. En effet, les récentes initiatives du président Al-Sissi, dont il est rarement rendu compte en Occident, méritent d’être mises en lumière tant elles sont importantes.

Un grand courage

Le soir du 6 janvier 2015, la veille du jour où le journal Charlie Hebdo était attaqué et les membres de sa rédaction massacrés, Al-Sissi a écourté un voyage d’État au Koweït afin de rentrer au Caire pour une visite historique à la cathédrale Saint-Marc où se déroulait la messe de Noël copte.

C’est la première fois dans l’histoire de l’Égypte qu’un dirigeant se rend dans une église chrétienne pour une fête religieuse. Aux côtés de Tawadros II, le pape de l’Église copte, Al-Sissi a souhaité aux fidèles un joyeux Noël et leur a rappelé combien il était attaché à l’unité des Égyptiens, sans distinction religieuse, et que le monde attendait que leur pays, à l’origine de la civilisation, joue un rôle majeur au xxie siècle. Les paroles du président ont été accueillies par des acclamations enthousiastes de la part des coptes qui lui ont manifesté leur soutien et leur attachement. Jamais Moubarak ou ses prédécesseurs – Sadate, Nasser ou le roi Farouk – n’avaient manifesté une telle considération à l’égard des chrétiens d’Égypte qui représentent plus de 20 % de la population. Les dirigeants du pays les ont toujours tenus pour des citoyens de seconde zone et les ont ignorés, notamment par crainte des réactions du courant islamique qui considère que la visite d’un dirigeant musulman dans une église est une forme d’hérésie et une atteinte à la foi musulmane. C’est en cela que la démarche du président Al-Sissi est exceptionnelle. C’est le signe d’une réelle volonté d’ouverture après l’intermède sectaire et sanglant qu’a connu l’Égypte sous le régime des Frères musulmans. C’est aussi l’expression d’un grand courage et d’une grande humanité. Quelques jours auparavant, le 1erjanvier, le chef de l’État égyptien avait déjà tenu discours retentissant, au Caire, à l’occasion de la commémoration de la naissance du prophète Mahomet. En présence du grand imam d’Al Azhar – la plus haute autorité religieuse du monde. Événement Grand Moyen-Orient : de l’illusion au cauchemar sunnite – et de toute sa hiérarchie religieuse, ainsi que devant le grand mufti et le ministre des Affaires religieuses, le président Al-Sissi a appelé à rouvrir le débat au sujet du concept islamique d’al-Ijtihad (l’effort de réflexion) qui a été clos par les théologiens radicaux il y a mille ans et a lancé un appel à une vision rénovée de l’islam.

Devant des millions de téléspectateurs, il s’est dit favorable, non pas à la remise en cause du Coran, mais de certains de ses enseignements, qui doivent être revus par les religieux afin de ne plus servir de base à des actes terroristes.

À ses yeux, de nombreux textes et commentaires postérieurs Coran ont été sacralisés à travers les siècles et ont contribué à créer un antagonisme profond entre les musulmans et le reste du monde, car ils sont les sources qui justifient les actes violents des fondamentalistes. Il préconise que l’on en revienne à l’esprit du texte et non à une interprétation à la lettre. Le président Al-Sissi a également déclaré que les meurtres au nom de l’islam étaient inadmissibles.

Il a affirmé qu’il n’était pas possible que 1,6 milliard de musulmans veuillent tuer les 7 autres milliards d’habitants de la planète afin de vivre leur religion.

El Sisi à la Cathédrale Copte

    Le Président El-Sisi et le Pape Tawadros II à la messe de minuit le 6 janvier 2015


Révision  nécessaire

Les enseignements incitant à la haine et à la violence que le président El-Sissi souhaite voir abolis sont nombreux, à l’image de ceux figurant dans le manuel scolaire d’études secondaires des écoles d’Al-Azhar: La Conviction dans la résolution des termes d’Abi Shoga. Cet ouvrage explique aux étudiants qui deviendront les futurs imams la chose suivante: « Une église ne doit pas être construite en islam, car c’est un péché, c’est inadmissible en terre d’islam, et si elle est construite qu’elle soit démolie; et il n’est pas permis de reconstruire une église déjà démolie, surtout en Égypte ».

Le livre ajoute: « Les femmes chrétiennes doivent mettre une chaîne en fer autour de leur cou pour les distinguer des femmes musulmanes. » De plus, il justifie l’élimination des non-musulmans: « Quant aux prisonniers de guerre, qu’ils marchent jusqu’à la terre d’islam; s’ils sont incapables de le faire, l’imam – le commandant de l’armée – tue les hommes et épargne les femmes et les enfants qui sont abandonnés à leur tour dans un no man’s landjusqu’à ce qu’ils meurent de faim ou de soif, car il est interdit de les tuer.

« LE PRÉSIDENT AL-SISSI EST DÉJÀ QUALIFIÉ DE « DE GAULLE ÉGYPTIEN ».

Initiative Atterré par les violences des djihadistes, Abdel Fattah al-Sissi est le premier président égyptien à s’être rendu dans une église copte. Pour lutter contre le fanatisme, il propose de revenir à l’esprit du Coran, non de l’interpréter à la lettre. Et si l’espoir venait d’Égypte?

Mars 2015 afrique asie

*Chérif Amir, égyptien, est docteur en géopolitiques du Moyen-Orient, chercheur spécialiste de l’impact des religions sur les conflits au Moyen-Orient. Il a publié dans aux Éditions Ellipses une Histoire secrète des Frères musulmans.

*Éric Denécé est directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

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