Égypte… La fin du cauchemar?

L’Égypte… La fin du cauchemar?

Publication au: Afrique Asie.

29/05/2014

Chérif AMIR et Eric DENECE

Les 26 et le 27 mai, un événement d’une importance considérable se sera déroulé en Égypte: l’élection présidentielle. En effet, ce pays, le plus grand et le plus peuplé du monde arabe (90 millions d’habitants), a connu deux révolutions successives: en 2011 contre le régime de Moubarak et en 2013 contre la dictature des Frères musulmans. Bien qu’étant le fruit d’une vive volonté populaire, elles ont profondément fragilisé le pays, provoquant un accroissement des tensions et des divisions internes, une instabilité institutionnelle, des difficultés économiques, la croissance du chômage et surtout l’accroissement de l’insécurité quotidienne. Les Égyptiens sont aujourd’hui avides de retrouver la stabilité et de vivre enfin une expérience démocratique. Les idées reçues sont nombreuses en France, sur les pseudo-révolutions arabes et sur le soi-disant coup d’État du maréchal Al-Sisi en 2013. Tout le monde, en Occident, considère comme acquise la régularité de l’élection présidentielle de 2012 qui a amené Mohamed Morsi, un obscur apparatchik des Frères musulmans, à la présidence. Quelques faits doivent donc être rappelés.

La main de Washington

D’abord, la victoire des Frères musulmans lors des législatives de 2011 a été invalidée par la Cour constitutionnelle, en raison de nombreuses fraudes et irrégularités. Ensuite, la légalité et la transparence de l’élection présidentielle n’ont jamais été vraiment reconnues en Égypte. En effet, en aucun cas les électorats cumulés des Frères musulmans et de ceux qui voulaient se venger du régime de Moubarak ne pouvaient leur permettre de gagner, malgré leurs nombreuses opérations de racolage et d’achat de votes. D’ailleurs, souvenons-nous de la longue période – un mois – pendant laquelle les résultats de cette élection ont été incertains et non rendus publics. Ainsi, les irrégularités ont été nombreuses. Le matin du 18 juin2012, les Frères musulmans convoquèrent les journalistes égyptiens et les correspondants étrangers pour une conférence de presse, au cours de laquelle ils déclarèrent que leur candidat, Mohamed Morsi, était élu président de la République. Ce fut le début de leur manipulation des résultats, car seul le Haut Comité national des élections présidentielles était habilité à faire une telle déclaration. Parallèlement le mouvement ordonna à ses partisans de se déployer sur la place Tahrir, d’y dresser des tentes, de multiplier les manifestations et les sit-in dans la capitale, et surtout de menacer de mettre l’Égypte à feu et à sang si leur candidat n’était pas reconnu vainqueur de l’élection présidentielle. Un véritable chantage. Pourtant, la victoire du général Ahmed Shafiq semblait acquise. Les unités de la Garde républicaine reçurent l’ordre de se déployer autour de sa résidence et de se préparer à l’accompagner au palais présidentiel dès la communication du résultat officiel. Cet ordre était la preuve irréfutable de sa victoire puisqu’une telle unité ne peut agir sans directive du commandement, en particulier pour un événement aussi crucial. Cela signifie que le Conseil suprême des Forces armées égyptiennes avait donné l’ordre au commandant de la Garde républicaine de prendre en charge la protection d’Ahmed Shafiq et de son domicile, avant même l’annonce des résultats officiels. Le général était en route vers un hôtel du Caire pour prononcer son discours de victoire lorsqu’il reçut un appel de l‘ambassadrice américaine Anne Paterson, aujourd’hui responsable du Moyen-Orient au département d’État. Washington voulait absolument voir les Frères musulmans à la tête de l’Égypte. Anne Paterson aurait alors menacé le général Shafiq d’une cessation de l’aide américaine et le tint pour responsable de la guerre civile que connaîtrait le pays s’il prenait la présidence. Ainsi, Shafiq, le probable vainqueur de l’élection, dut s’incliner sous la pression de Washington. Dans les mois qui ont suivi, les Frères musulmans, sous la houlette de Morsi, ont dirigé le pays en dépit du bon sens et de manière extrêmement sectaire. Ils ont engagé une vaste politique d’épuration dans la fonction publique et y ont introduit leurs partisans. De nombreux hauts fonctionnaires, opposés idéologiquement au mouvement, ont été limogés et parfois traduits en justice. Puis une vague de terreur, intellectuelle puis physique, s’est abattue sur le pays au nom de « l’identité islamique ». Rapidement, le régime des Frères musulmans s’est révélé n’être que la version islamique du régime de Moubarak: corruption, népotisme, arbitraire et répression, mais cette fois au nom l’islam. Un autre point commun entre les deux régimes était le soutien qu’ils recevaient de l’administration américaine, raison pour laquelle les Égyptiens ont rapidement conclu que rien n’avait changé après la révolution de janvier 2011 contre Moubarak. Cette politique sectaire et antinationale a très vite exaspéré l’opinion qui n’a pas tardé à réagir à travers le mouvement Tamarod, qui a réuni des millions de signatures pour sa pétition exigeant le départ des Frères musulmans du pouvoir, puis qui a occupé la rue, multipliant les manifestations. Trente millions d’Égyptiens provenant des quatre coins du pays se sont mobilisés contre Morsi, mais les médias occidentaux en ont très peu fait État. Devant les risques d’affrontements violents et à la suite de maints appels du peuple réclamant son intervention, l’armée, dirigée par le général el-Sisi, ministre de la Défense, finit par intervenir afin de maintenir la sécurité et la stabilité du pays. En aucun cas ce n’est elle qui a initié le phénomène.

ELSisi

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«La patrie est une pourriture»

Au contraire, le général Al-Sisi a agi avec patriotisme en prenant en considération la demande insistante de toutes les composantes de la société égyptienne, méprisées et exclues par les Frères musulmans, de mettre fin à ce régime et ses dangereuses dérives. De plus, la décision d’intervenir fut prise en présence du cheikh d’Al-Azhar – plus haute autorité de l’islam en Égypte –, du pape de l’Église copte, de personnalités politiques influentes, de jeunes représentants de Tamarod, mais aussi de salafistes, souhaitant tous sauver l’Égypte d’un véritable chaos. En déposant un président illégitime, l’armée a sauvé le pays; pourtant, le général Al-Sisi s’est vu injustement accusé d’un coup d’État par ceux qui voulaient que rien ne change. Le caractère populaire de l’événement a été minimisé, faisant parfois même de Morsi et de ses partisans des victimes. Ainsi, le renversement du régime sectaire et violent des Frères musulmans, à la demande de plus de trente millions d’Égyptiens, a été considéré comme illégal par la communauté internationale, celle-là même qui, quelques mois plus tard,déclarera légitime la « révolution » ukrainienne soutenue par l’extrême droite et ayant renversé un président démocratique- ment élu sous le contrôle d’observateurs européens. Rapidement, le général Al-Sisi a révélé l’ampleur des actions antinationales conduites par le régime de Morsi. Les Frères musulmans l’ont menacé à plusieurs reprises d’un soulèvement violent de leurs partisans contre l’armée si celle-ci osait remettre en cause leur pouvoir au nom de l’intérêt national. Ils lui déclarèrent être prêts à passer à l’action avec l’aide d’éléments venus de Gaza, mais aussi du Hamas et d’Al-Qaïda. Ces groupes n’attendaient que leur signal pour intervenir au Caire avec leurs milices et mettre l’Égypte à feu et à sang. De même, les services de renseignement ont révélé les contacts téléphoniques entre Morsi et Ayman el-Zawahri, le chef d’Al-Qaïda, durant lesquels le premier aurait assuré au second qu’ils étaient pleinement partenaires dans la gestion de l’Égypte. Ce comportement hautement antipatriotique n’a rien d’étonnant. En effet, selon le principal idéologue des Frères musulmans, Sayyed Qotb (1906-1966), « la patrie est une pourriture ».Selon la confrérie, l’islam ne reconnaît pas le principe de la souveraineté nationale ni celui des frontières. Son seul objectif est l’instauration d’un grand califat islamique, couvrant le monde arabe. Morsi s’inscrivait totalement dans cette démarche et ne se préoccupait nullement de l’Égypte, raison pour laquelle il a été accusé de haute trahison dès sa déposition.

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