Les élections égyptiennes

 Les élections égyptiennes

Publication au : Le Temps d’Algérie 

21/05/2014

Entretien avec Chérif AMIR

Les 26 et 27 mai se déroulera l’élection présidentielle égyptienne. Comment décrivez-vous les circonstances dans lesquelles aura lieu cet important événement ?

Chérif Amir :

Effectivement, c’est un événement d’une importance considérable qui se déroulera de l’autre côté de la Méditerranée. L’Egypte, le plus grand et le plus peuplé du monde arabe (90 millions d’habitants), disposant d’une armée solide, est l’une des clés de la stabilité du Proche-Orient. Or, le pays est agité, depuis trois ans, par de violents soubresauts internes. Il a connu deux révolutions successives, en 2011 contre le régime de Moubarak, et en 2013 contre la dictature des Frères musulmans. Celles-ci, bien qu’étant le fruit d’une vive volonté populaire, ont profondément fragilisé l’Egypte sur les plans politique, sécuritaire et surtout économique. Ces événements ont provoqué un accroissement des tensions et des divisions internes, une instabilité institutionnelle, des difficultés économiques, la croissance du chômage et surtout une insécurité quotidienne.

Quelle est la situation actuelle de l’Egypte ?

Le pays est aujourd’hui avide de retrouver la stabilité et vivre enfin une expérience démocratique, même si celle-ci doit se dérouler dans une ambiance de haute sécurité en raison des menaces d’attentats terroristes.

Que pensez-vous des candidats de cette élection ?

La campagne présidentielle est dominée par deux candidats : le maréchal Abdel Fattah Al Sissi et le socialiste Hamdine Sabbahi. Ce dernier est entré en politique dans les années 1970. Etudiant déjà, il prônait les idées socialistes à l’université et militait contre El Sadate. Sous Moubarak, il essaie de convaincre, en vain, socialistes et nassériens qu’il est l’«héritier» de Nasser, mais sans en avoir le charisme et sans présenter de projet. Il décide alors de créer son parti politique, El Karama (l’honneur), en 1997. En 2005, il est élu au Parlement et obtient le soutien des Frères musulmans. Après la chute de Moubarak, Sabbahi se présente à l’élection présidentielle de 2012 mais n’obtient que le troisième score, avec 20,72%. Dans la campagne actuelle, il bénéficie du soutien officiel des Frères musulmans, qui rêvent de se venger d’Al Sissi à tout prix. Mais ce soutien est contre-productif car l’écrasante majorité des Egyptiens est convaincue que les Frères musulmans sont des terroristes, responsables des assassinats de policiers et des attentats qui, presque chaque jour, ensanglantent le pays. Par contre, le maréchal Abdel Fattah Al Sissi entame la campagne avec un très fort soutien populaire de toutes les composantes de la société égyptienne (musulmans modérés, coptes, soufis, nubiens, bédouins et même socialistes), en particulier des jeunes et des femmes, en raison de son action contre les Frères musulmans. Ancien chef des renseignements militaires et ancien ministre de la Défense, il connaît bien les dossiers épineux qui l’attendent s’il est élu. C’est un homme d’expérience qui a derrière lui quarante-cinq ans de carrière militaire et une réelle expérience internationale, car il a étudié aux Etats-Unis et en Angleterre. Son discours est très réaliste : il ne promet pas de recette magique pour résoudre les grands défis que l’Egypte doit relever, mais il s’engage à ne jamais revenir en arrière, à l’époque de Moubarak ou à celle des Frères musulmans.  Il encourage les Égyptiens à se mettre au travail et promet que l’Etat rétablira la situation économique, car le pays dispose de nombreux atouts. Al-Sissi précise également que la sécurité et la  stabilité du pays sont ses priorités. Enfin, il connaît les aspirations du peuple qui a acquis une grande maturité politique après ses deux révolutions et qui sait sanctionner ses dirigeants.

Le maréchal Abdel Fattah Al Sissi dispose-t- il d’un capital sympathie au plan international ?

Al-Sissi apparaît surtout comme le champion de l’indépendance et de l’honneur national. La destitution de Morsi l’a conduit à une confrontation périlleuse avec l’Administration Obama, mais Al Sissi n’a pas cédé aux pressions américaines. Au niveau international, il entretient d’excellentes relations avec les pays du Golfe, à l’exception du Qatar qui soutient les Frères musulmans. Il a su reconstruire une coopération stratégique avec la Russie, suite au profond désaccord avec Washington qui préférerait une Egypte dirigée par les Frères musulmans, en dépit de l’opposition populaire.

Quelle serait la priorité du prochain président ?

Le futur président aura une responsabilité historique : redresser le pays et restaurer sa place en tant que puissance régionale. Pour cela, tous les Egyptiens sont d’accord sur une chose : ils ont besoin d’un leader audacieux et non d’un technocrate falot, car le nouveau chef d’Etat devra prendre des décisions courageuses et difficiles. reconstruire une coopération stratégique avec la Russie, suite au profond désaccord avec Washington qui préférerait une Egypte dirigée par les Frères musulmans, en dépit de l’opposition populaire. Quelle serait la priorité du prochain président ? Le futur président aura une responsabilité historique : redresser le pays et restaurer sa place en tant que puissance régionale. Pour cela, tous les Egyptiens sont d’accord sur une chose : ils ont besoin d’un leader audacieux et non d’un technocrate falot, car le nouveau chef d’Etat devra prendre des décisions courageuses et difficiles.

Propos receuillis par Mounir Abi.

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